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LE LABORATOIRE DE  PIERRE

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Les débordements de l'existenz

Le dimanche 1 août 2004

Par exemple ce besoin de déployer sa propre personne dans un espace abstrait.
Y a-t-il des lecteurs convaincus qui cherchent à connaître ce qui se cache par-delà les pixels ? Je suis moi, et vous, êtes-vous vous ?

Non... Ce n'est pas tout à fait moi, juste une image, une projection qui tient du reflet de miroir, simple fantaisie narcissique dont le seul intérêt réside dans le fait qu'elle sert de noeud informationnel.
Oui, étrangement, cet espace virtuel est une base, une constante abstraite créée pour garder une substance continue au-delà du physique. Un débordement de l'être, une giclure du réel.

Je change de continent terrestre, mais je reste le même inconnu.

En agençant ce blog, cet espace virtuel qui porte mon nom, j'ai l'impression de bâtir ma tombe. Ben ouais, ça paraît glauque comme ça, mais rendez-vous compte : si je meurs demain ?

Voyez le topo ? Une pierre tombale, posée sur un noeud du réseau, avec inscrit dessus :
"Ici gît Pierre Derrier, dernière mise à jour Août 2004, état du corps : décomposition en cours stade 3"
Non mais n'importe quoi, franchement.

Menfin pour l'heure, je suis en vie et je me prépare à partir.
Il fait beau dehors (qu'est-ce que je fous ici à écrire ??) et j'essaye de sélectionner ce que je vais emporter dans mon unique sac à dos.

Si vous vous emmerdez, entraînez-vous à ce genre de jeu : vous partez un an, vous avez droit à 20kg de bagage, qu'est-ce que vous emmenez ?

Ainsi, l'acteur, jeté dans un espace informe structuré par ses seuls désirs, déploie ses replis et délie ses cordages.

Souquez fermes, compagnons, tirez bas la voilure et lovez vers l'Ouest ! Tils ar ok fridar !

 


La boîte de Pandorre

Le mercredi 10 novembre 2004

(démonstration par l'absurde)

Hier, en rentrant chez moi, un colis m'attendait, sagement posé sur mon paillasson.
Il contenait une boîte sur laquelle était écrit "ne pas ouvrir".

A peine avais-je soulevé le couvercle, qu'un pantin sur ressort me sauta à la figure.

"Tsoing tsoing" me criait-il, l'effronté.

Surpris, je lui retournai mon meilleur poing et frappai entre ses deux yeux louchant et mobiles. Mais au lieu de le calmer, cela eut pour effet de l'exciter davantage.

"Tsoing tsoing" riait-il toujours, en se balançant d'avant en arrière sur le morceau de ferraille torsadé qui lui servait de membre inférieur. Son gloussement commençant à m'énerver, je pris une burette d'huile et lui graissai le ressort.
Je lui renvoyai une ruade pour tester son nouveau bruit.

"Schluk schluk" fit-il simplement.

Heureux de ma victoire temporaire, je refermai la boîte et la rangeai dans le tiroir du bas du meuble du salon.
Je mis un cadenas à la serrure et j'avalai la clé pour plus de sécurité.

Puis j'eus soudain un peu faim et je partis dans la cuisine me chercher un casse-dalle. J'ouvris la porte du frigo et devinez quoi ? .....


Je n'avais plus de jambon.





Afuera del rio

Le samedi 4 décembre 2004

(à l'extérieur du torrent)

Un regard au-dessus de la surface du monde.
L'étang semble calme.

Un peu bulleux, comme à son habitude.

Laisser les choses s'ouvrir ou se laisser ouvrir les choses, quelle imposture choisir ?

Toujours fuir, sans répit, non pas de crainte ou de manque de courage, mais d'eau, fuir de partout, suer pour grandir, pleurer pour donner, pisser pour purifier le sang et baver par désir.

Dans un tourbillon d'écumes que les vagues n'oublient jamais de faire naître. Parce que l'eau remue, et parce que le coeur bat, la vie est toujours la première à chanter.

En dehors du torrent, la vie n'est que mesures
Je replonge






Te extraño

Le mercredi 9 février 2005

(loin de toi, mon univers)

Prose incertaine en un jour incertain
Dorment sirènes dans un flot qui s'éteint
Douceur de laine et douleur de satin
Loin de la reine qui hante mes matins

Je vois un vide qui ne se remplit pas
Je bois liquide un reste de repas
Je sens l'humide et le sang d'un appât
J'entends limpide la beauté de tes pas

Ouvrir les yeux comme aux temps de la joie
Trouver des lieux que je ne cherchais pas
Prier des Dieux pour quelques fausses lois
Planter des pieux dans un coeur plein d'émoi

Sonder l'obscur en criant tout ses maux
Trouer l'azur en brûlant des rameaux
Forcer l'allure en rampant sur le dos
Compter l'usure en ouvrant tes cadeaux

Etre au delà, exister à travers
T'aimer toujours pour l'endroit et l'envers
Tu me manques
Mon univers







Dans le District Federal

Le samedi 7 mai 2005

(french rock'n'roll)

27 millions de mexicains,
Et moi et moi et moi...
Je cherche un p'tit boulot en vain,
C'est tout juste si j'ai un toit...

J'y pense et puis j'oublie
C'est la vie c'est la vie

 

 


Pour les meilleurs de ces empires

Le mardi 14 juin 2005

(sois comme l'eau)

Il y a des chants qui ne s’arrêtent jamais, et c’est à peine si on les écoute encore. Il y a des voix qui ne faiblissent pas, même lorsque d’autres veulent dire plus fort. Il y a des lunes qui sont plus chaudes que tous les soleils de Sion, il y a des vents qui ont tout vu, et qui commencent à peine à voir, et d’autres qui n’ont même pas su naître.

Il y a le haut et puis le bas, bien que parfois je m’interroge sur la validité d’un repère fixe dans un courant sans fond ni forme.

Il y a l’envers et puis l’endroit, et tant d’autres choses insuperposables mais intervertibles, tant de nombres pleins de décimales, d’équations sans systèmes qui ne seront jamais systémisées pour des raisons incontrôlables de désespoirs nébuloïdes et de passions d’insoumissions.

Certains pensent que le centre se trouve au point central, d’autres croient qu’il lévite entre deux forces opposées, d’autres s’en foutent, en font le tour, autant qu’ils peuvent, jusqu’à leur mort, croyant trouver un brin de vie dans un mouvement qui les ramène toujours, toujours, au même endroit.

Il y a l’eau qui n’est jamais sèche, et le feu qui n’est jamais froid, constantes absurdes dans un mélange de chaos sans loi et de loi sans chaos, équilibre incertain du nombre et de la forme, mais pourtant solide et vibratoire, transcendant parfois la folie du sens pour replonger dans le liquide agréablement visqueux de la fin qui recommence.

Un instant, volé, sur un coin de tiroir, un souvenir enfuit qui se met à agir, une expérience du jaillissement temporel, croissance imperturbable et ordonnée, si ordonnée! qu'on en oublie de la souffler et de la faire fuir, tâche essentielle à notre survie sociale.

Il y a des hommes et puis des bêtes, tout plein d’insectes et même des rats. Il y a l’atome et l’atomique, le rock’n’roll et l’anarchie, la politique et le métro, la bicyclette et le vélo.

Il y a les rêves et puis la vie, la vie qu'on rêve et les rêves qu'on vit, parfois on se réveille pour s'endormir ou on s'endort pour s'éveiller. La réalité des sens, matricielle, cosmique ou partielle, est un cocon déformable à l'infini selon la volonté du corps.

Mais dans tout ça je ne retiens que l’éternel morceau de joie qui se découvre en cigarettes jusqu'au cancer de mon gros doigt.

Ô toi mon frère qui lit ces mots, laisse balancer ta balancelle, mais n'aies plus peur de t'attacher, l'amour n'est pas une pluie du ciel, ni un cadeau d'archer ailé, ne l'attends plus mais construis-le, c'est un projet, une volonté, l'acceptation de son désir, la soumission de son orgueil à l'équilibre d'un battement, c'est l'ouverture de ses vertus vers une personne qui veut les voir.

Réveille ta vie







Il n'y a pas d'heure

Le mardi 28 juin 2005

(seulement du temps)

J’ai beau compter le temps qui passe
Il n’y a pas d’heure pour l’arrêter
J’ai beau filer entre les masses
Il n’y a pas d’heure pour être né
J’ai beau trouver dans les sourires
De quoi remplir mon baluchon
Il n’y a pas d’heure pour en mourir
Pas d’heure non plus pour être con.

J’ai beau retourner les images
Il n’y pas d’heure pour les unir
J’ai beau traverser les miroirs
Il n’y pas d’heure pour les polir
J’ai beau tourner entre les pages
Il n’y a pas d’heure pour les écrire
J’ai beau signer en blanc et noir
Il n’y a pas d’heure pour me relire

Il n’y a pas d’heure, seulement du temps
Du petit vent à l’ouragan
Des souffles d’air dans les oreilles
Un souffle au cœur qui s’émerveille
Un petit rien, au creux du tout
Il n’y a pas d’heure pour être fou
Pas d’heure non plus pour la détresse
Seulement du temps qui se délaisse
Du temps maudit, du temps d’avant
Du temps redit, du temps suivant

Il n’y a pas d’heure, le temps se tait
Il n’est pas le bruit d’un rouage
Seulement le même à chaque orage
Jamais trop là mais toujours prêt
Il n’y pas d’heure, pas de surligne
Seulement un flot qui se déligne
Un flot sans fin ni foi maligne
Un flot de vin de bonne vigne

Du temps qui rêve, des heures qui tendent
Les choix de trêve parfois attendent
Pendant que les horloges se fendent
Sous le vieux bruit de leurs éclats
La guerre des heures, toujours sanglante
Qui reconstruit sur toutes les pentes
Pendant que des miséreux chantent
Le peu qu’il leur reste de voix

Il n’y a pas d’heure, seulement des joies
Le singe apprend à être soi
Il n’y a pas d’heure, pas de faux bruit
Seulement l’eau de nos vieux fruits
Il n’y a pas d’heure, seulement des lyres
Qui tintent l’or de nos sourires
Il n’y a pas d’heure, comment dormir ?
Fermons nos yeux pour les faire luir.





Les 4A

Le lundi 4 juillet 2005

Accepte les règles du jeu,
Analyse l’état des forces,
Anticipe les actions et les réactions,
Amorce les mutations.

et le 5ème :
Aime ton combat

 


Décrèt n° 16745

Le mardi 27 septembre 2005

(sous l'effet d'une étrange activité synaptique et nocturne)

Notre Incomplétude déclare en ce jour de grâce anodin que le drapeau Coréen doit volontairement se départir de ses quatre codes-barres et ne conserver sur fond blanc que le Ding et le Dong, mais en les faisant tourner assez rapidement pour qu'ils se confondent en une nouvelle affirmation et, s'alliant par un traité extraordinaire avec le boudhisme et le taoisme, rejoignent la saine et vigoureuse lignée des enfants de Socrate de la branche d'Aristipe de Cyrène ayant traversé les temps malgré le platonisme, l'aristotélicisme, le christianisme, l'enfant-de-putisme, le can't-isme, le républicanisme, le communisme. le psych-anal-isme et le capitalisme et s'étant vigoureusement constituée dans le kunisme, le nietzshéisme, le scientifisme, le matérialisme-quasi-mystique et le mutantisme.

....

et que tout ce savoir symbolique et abstrait fonde une épée runique dont l'image sera le réel qu'elle perfore.

Alors les mains trouveront seule le véritable outil et muteront sur des chants guerriers accompagnés de tambourins en peau de nénuphar.

Ainsi soyons