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Extraits de

ChRySaLiDeS

 

(2000 –  2001)

 

 

Pierre Derrier

 

 

 

 

 

Chrysalide : n.f. (lat. chrysalis, -idis, du gr. khrusallis). Nom donné à la nymphe des lépidoptères, étape intermédiaire entre la chenille et le papillon. Immobiles, souvent protégées d’un cocon ou cachées dans des abris, les chrysalides demeurent en sommeil apparent pendant une durée variable selon l’espèce (de quelques jours à près d’un an). Presque tous les organes de la chenille sont détruits tandis que les organes du papillon s’édifient à partir de petits massifs cellulaires, les disques imaginaux. A terme, l’éclosion se fait à travers une fente dorsale longitudinale.

 

Adolescence : n.f. (lat. adolescencia). Période intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte, au cours de laquelle l’avènement de la maturité génitale bouleverse l’équilibre acquis antérieurement. L’adolescence débute par les transformations corporelles de la puberté, qui désorientent l’adolescent, si bien que l’image de son corps est au centre de ses préoccupations, et que de menus problèmes physiques peuvent prendre un importance démesurée. Psychologiquement, avec l’accession à la pensée formelle, l’adolescent devient capable d’opérer sur des signes et des symboles substitués aux objets eux-mêmes, et de raisonner sur ces substitus. [...] L’adolescent est aussi à la recherche de son identité. Pour amorcer son indépendance, il doit d’abord lutter contre ce qui l’attache à son enfance, mobilisant souvent son agressivité contre son milieu familial. S’étant posé en étranger dans son milieu familial, il tente de se faire reconnaître ailleurs, recherche la compagnie de ceux de son âge, et des amitiés passionnées et exclusives prennent alors naissance. Progressivement, cependant, d’identification en identification, l’adolescent finit par se découvrir.

 

 

(Sources : Grand Larousse en 5 volumes, édition 1987 )

 


 

[…]

 

 

DECA-DANSE

(5 Septembre 2000, complété le 9 Juin 2004)

 

Un roulis incessant caresse mes tympans
Est-ce la voie qui défile, ou la Terre qui s'emballe ?
Le train glisse et se tord sur ses rails en serpent
Il sinue comme il peut dans son corps de métal

 

Doucement j'ouvre l'oeil, puis j'étire tous mes sens
J'ai dû dormir longtemps dans ce train en cavale
Un rayon de soleil m'offre une renaissance
Quel est donc ce pays, qui au dehors s'étale ?

 

Je ne suis plus sur Terre, j'en suis persuadé
Tout est si chaotique, et si peu ordonné
Mais qu'importe après tout, ne savant où aller
J'avais suivi ce train dans l'espoir de trouver

 

J'essaie de rassembler des souvenirs absents
Des images oubliées, des émotions brûmeuses
Dans ma tête je ne vois plus qu'une nébuleuse
Je perçois seulement la chaleur de mon sang

Je réalise enfin à quel point tout est vide
Vide comme l'univers quand tout sera fini
Apaisé, ennivré par ce manque infini
Je commence à danser, tout mon corps se débride

 

C'était ma déca-danse

Ma danse décadente

Qui donnait la cadence à des lutins qui chantent

A des milliers de fées, de petits bonhommes verts

Qui dansaient tous ensemble sur l'hymne de l'univers...

 

Oui c'était la déca-danse

La danse décadente

Qui donnait la cadence à la danse de vie

A toutes les voix du vent tentées par l'existence

La cadence en dix temps du tempo de l'envie.

 

Et j'ai quitté la Terre, je n'y suis retourné

Que pour quelques affaires que je devais régler

Puis je suis reparti et on m'a oublié

Seul reste un pauvre train, seul dans l'éternité...

 

 

[…]

 


GEMEAUX

(6 Septembre 2000)

 

Arrimé sans vergogne                                                  Monter en Amazone

Comme un saint sous les cieux                                     Sur un morceau de Terre

Loin du vide dans Sa pogne                                        Gaz d'été gaz d'ozone

Protégé des milieux                                                     Comme un cheval sans fer

                       

Où va-t-il ce temps-là ?                                              Où va-t-il ce temps-là ?

            Vent futile loin de moi !                                                           Vent futile loin de moi !

                       

Il concerte et répète                                                    Il concerte et répète

En jacquetant sans voix                                               En jacquetant cent voix

Il craque une alumette                                                 Comédie dans sa tête

En veux-tu en voilà                                                      En veux-tu en voilà

                       

Arrimé sans vergogne                                                  Mohican de l'espace

Contre un croissant de lune                                         En Esquimau de glace

Parité des combats                                                      Flottant loin des soleils

Enchaîné, ronfle et grogne                                           Créateur de sa vie

Tout en comptant ses prunes                                       Capitale de l'envie

Où va-t-il ce temps-là ?                                              Où vont donc ces abeilles ?

                       

Il concerte et répète                                                    Il concerte et répète

En jacquetant sans voix                                               En jacquetant cent voix

Il craque une alumette                                                 Comédie dans sa tête

En veux-tu en voilà                                                      En veux-tu en voilà

               

 

[…]

 


NUIT BLANCHE

(30 Septembre 2000)

 

Juste un moment tout seul dans le soir en guenilles

Poussé par les soufflets de la nuit qui s’installe

Loin du blanc des linceuls près du bruit des chenilles

En trouvant son reflet dans l’azur sidéral

 

Juste un moment de paix sans rechercher autrui

Compter constellations sur la voûte céleste

Ôter ce voile épais qui brûmait l’aujourd’hui

Seule contemplation des lumières qui restent

 

Juste un moment désert dénué de tout sens

Un instant qui somnole ronfle dans le lointain

Des pensées en geysers remuent la quintessence

Renaît la farandole de l’aube et du matin

 

Juste un moment nouveau solitaire éclairé

Sur une butte verte face aux yeux du soleil

Vivant le renouveau de la Terre Sacrée

Pupilles grandes ouvertes dans le creux des oreilles

 

 

[…]


VOYAGE EN DEHORS DES TEMPS

(19 Mai 2000)

 

Sans manière je m’illumine

Loin des courants ancestraux

Qui font vibrer mes échines

D’une tempête de couteaux

 

Sans manière je me dérobe

Aux abîmes des roches sombres

Qui voltigent dans les robes

Des déesses des proies de l’ombre

 

Sans manière je me retourne

Sur les pas des mots anciens

Je ressens la lune qui tourne

Comme un loup nécromancien

 

Sans manière je disparaîs

Sous le ciel de l’horizon

Sans demander si je sais

Si quelqu’un connaît mon nom

 

Je suis oublié tant mieux

Sans manière je suis heureux

J’ai peur du temps, de vivre vieux

Alors je marche, seul sous les cieux

 

[…]

 

 

JE ME SAOULE

(17 Octobre 2000)

 

Les gens aiment la foule

Mais la foule n’aime pas les gens

Le gros temps aime la houle

Mais la houle n’a pas le temps

Chaque instant tourne la boule

Et déboulent les instants

La vie des gens se déroule

Et s’enroule gentiment

 

Quand moi, je me saoûle

Et sous le vent, je m’étends

 

Les gens aiment bien tout savoir

Et avoir un peu d’argent

Ruminant dans leur mémoire

Leur mémoire de ruminant

Le comment de leurs déboires

Moi pour boire je sais comment

Les gens préfèrent le brouillard

Les trouillards sont tous des gens

 

Alors moi, je me saoûle

Sous le vent, je m’étends

 

Car quand il faudrait s’asseoir

Dans le soir ou je ne sais quand

Simplement penser et croire

Ne plus choir tout simplement

En écrivant des histoires

Refaire l’Histoire en criant

Les gens fuient ils en ont marre

Et ça fait marrer les gens

 

Alors moi, je me saoûle

Et sous le vent, je m’étends

 

 

[…]

 

 


PIPE A EAU

(19 Octobre 2000)

 

Ça descend lentement comme une feuille d’automne

Qui se pose en mourant sur le béton armé

Puis ça remonte vite on la sent qui détonne

La tête fait des huits tous les sens alarmés

 

Nuages dans la tête, que le vent vous emporte !

Un esprit à la fête pour ouvrir toutes ses portes

Un ciel bleu où l’on jette ses peines en quelque sorte

Pour enfin réduire en miettes toutes les pensées mortes

 

Ça voltige et tourbillone tout en mouvements

On n’entends plus les klaxons de la ville en furie

Parfois un arbre chante une mélodie doucement

Et les ombres qui le hantent se gavent de ses fruits

 

Nuages dans la tête, que le vent vous emporte !

Un esprit à la fête pour ouvrir toutes ses portes

Un ciel bleu où l’on jette ses peines en quelque sorte

Pour enfin réduire en miettes toutes les pensées mortes

 

Ça s’envole en fumée dans l’atmosphère bleue

Fatigués, consummés, d ‘être partis si haut

Retenir en rêvant le temps d’un bras frileux

Et aller de l’avant en écoutant son écho

 

Nuages dans la tête, que le vent vous emporte !

Un esprit à la fête pour ouvrir toutes ses portes

Un ciel bleu où l’on jette ses peines en quelque sorte

Pour enfin réduire en miettes toutes les pensées mortes

 


[…]